Interview : Aurelian aka KM3

La scène house est quotidiennement saturée de nouveaux artistes, de nouvelles sorties, de nouveaux labels, et c’est presque une saveur de lassitude qui devrait se dégager d’un tel océan de beats et de samples où les vagues de véritables nouveautés se font rares. Pourtant, Aurelian aka KM3 fait partie de ceux qui, derrière chaque gig et chaque morceau, laissent une écume scintillante, une sensation de fraîcheur, un léger flottement guidé par un groove lascif. Après avoir signé une sortie chez Faces & MCDE, estampillé de son nom un VA sur Increase The Groove (il jouera d’ailleurs pour eux le 30 décembre), Aurelian continue son iliade pour montrer que la house française a encore de beaux jours devant elle. – ML.
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Difficile, en écoutant tes prods aussi bien que tes sets, de ne pas sentir une évidente infusion d’influences Chicago et Detroit. Comment s’est déroulée ta rencontre avec ces deux scènes ?

C’est Detroit qui a été la principale raison de mon intérêt pour la musique électronique. Comme je viens de la soul au sens large, j’ai été largement séduit au départ par Théo, Moody et Underground Resistance, mais aussi par tous les pionniers de la house et de la techno – ça pouvait aller de Aaron Carl à Cybotron (et plus largement Juan Atkins), de Claude Young à Norma Jean Bell… Il y a aussi tout l’héritage de la Motown et du jazz de Detroit que je vois en filiation avec toutes ces musiques… Je pourrai faire un très long paragraphe sur tout ça tellement ça a été un moteur pour faire de la musique… Chicago, c’était moins épidermique à la base parce que je connaissais moins… Même si évidemment, Relief et Dance Mania m’ont aussi marqué très rapidement. Mais c’est pareil pour New York depuis Larry Levan… C’est l’héritage UN qui est immense et qu’on retrouve partout aujourd’hui… En vrai je ne différencie plus du tout ça, vu que je joue vraiment de tout sans me soucier d’où vient la musique que ce soit New York, Bamako ou Perpignan… tout ça s’est globalisé et tant mieux !

Tu viens de l’univers hip-hop, dans lequel tu as notamment collaboré avec Grems et son label Deephop, déjà ambitieusement tourné vers le mélange entre rap et musique électronique. Qu’est ce qui t’a poussé à ouvrir tes horizons vers la house dans sa forme brute, voire même la techno ?

J’ai découvert la house et Underground Résistance, comme je disais en haut, en même temps que A Tribe Called Quest. Je me suis jamais fermé à un genre. J’ai produit de la house après des beats de hip-hop juste pour la raison que je débutais alors en tant que DJ et que j’avais moins la culture du comment on construit un morceau de house ou de techno. Petit à petit, intuitivement, à force de jouer des disques, on se met à arranger et comprendre comment faire évoluer une idée sur cinq minutes. Le hip-hop, ça a juste été une première pierre : faire tourner un groove et commencer à manipuler les samples. J’aime autant les deux et ça reste pour moi assez proche.

Quels sont les morceaux, ou artistes, qui ont réellement eu une répercussion sur ta vision artistique ? Et pourquoi ?

Impossible de donner même dix noms vu que je suis influencé par beaucoup de choses même si ça ne se ressent pas toujours et que je sors pas tout ce que je fais… Underground Resistance on disait que c’était Kraftwerk et Funkadelic qui prennent un ascenseur. Eh bien je dirais que moi je suis dans un shaker avec l’héritage du jazz, de la musique brésilienne, du boogie, de l’afro, des samplers, des guitares, des claviers et parfois des percus traditionnelles mélangées au dernier VST bizarroïde. Pour les artistes, j’en donne dix purement au hasard, car il pourrait y en avoir 250 : Donald Byrd, 4 Hero, Mizell Brothers, Marvin, Sun Ra, Dilla, Mike Banks, Moondog, Philip Glass et Jimi Hendrix.

Tu as récemment lancé un label avec Enlil, Magic Black Records. Pourquoi avoir eu ce désir d’avoir une maison de disques à vous ?

Pour faire ce qu’on a envie quand on en a envie en fonction de nos coups de cœur. C’est en gros le troisième label où je fais ça. If you dig…

Tu a joué principalement lors d’événements parisiens, cependant y a t-il eu un public à l’étranger qui t’a presque fait oublier à quel point les français sont mordus de musique électronique ?

Je n’ai pas joué qu’en France même si c’est vrai que ces dernières années, c’est le cas… Difficile de répondre, pour moi la musique est globale et mondiale… Et de plus en plus !

Et enfin, la question à 1 million, la très inattendue et originale : quels sont tes projets pour 2018 ?

Plein d’EPs, de collabs et de surprises musicales… Restez connectés !
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Aurelian aka KM3 jouera pour Increase The Groove le 30 décembre au Nouveau Casino. Et devinez quoi ? Son set sera très techno. 

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