Interview : Oden & Fatzo

Dans la galaxie des lives qui détonnent à Paris, Oden & Fatzo sont à un sérieux niveau en ce moment. Après la révélation Sweely, néo-résident Concrete, l’excellent duo Loop Exposure du crew Rakya et Leo Pol, lui aussi de la maison Concrete, la magie du live français tendance minimal (pour faire très simple et employer un mot-valise) n’a pas fini d’agiter les foules. Oden & Fatzo sont donc de cette trempe. Quatre amis qui bidouillent leurs instruments électroniques chacun de leur côté pour leurs projets respectifs et qui se sont rencontrés un peu par hasard pour donner naissance à cette collaboration qui ne souffre pas encore d’un alias unifié. Comme si les deux duos étaient encore trop timides pour se fondre dans une identité singulière leur définissant un son propre. Oden & Fatzo, un nom qui résonne double pour une musique qui fait mouche, dirions-nous. Ils le disent d’ailleurs eux-mêmes : chaque duo a son univers singulier. Alors rien ne sert de les enfermer, de les dissocier ou de les assimiler à quelque chose dont ils ne veulent certainement pas. Ils font simplement leur route et qui croisera la leur s’aviserait bien de tendre une oreille. Car aucun doute que les quatre artistes risquent de passer très vite en vous croisant – il ne faudrait donc pas les rater. Comme demain, au Petit Bain. On dit ça, on dit rien… – VT.
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Oden & Fatzo, deux noms qui reviennent assez souvent maintenant sur les programmations parisiennes. Vous êtes un live à huit mains mais vous faites également des lives en solo, Oden d’un côté, Fatzo de l’autre. Qui êtes-vous, qui fait quoi et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Oden : Abel et Denver, on est deux deux gars du 92 qui étaient au lycée ensemble et qui viennent de 2 courants différents : la psytrance et la minimal. Quelques années plus tard, on s’est recroisé et on s’est dit : « Pourquoi ne mélangerait-on pas nos deux styles ? » On a tout de suite trouvé des similitudes entre nos deux projets musicaux et ça a tout de suite fonctionné.

Fatzo : William et Lorenzo, on est deux potes de longue date, on a fait de la musique ensemble au lycée, on a des goûts musicaux très similaires et on s’est mis en même temps à la musique électronique, il y a trois ans. On s’est rencontré à une teuf où nos deux projets étaient bookés en live, le courant est bien passé et on s’est dit que ce serait cool de faire du son ensemble, pour voir ce que ça donne. Comme on est tous des flemmards, on a mis plusieurs mois avant de se fixer une date, mais une fois en studio la magie a opéré. Ce qui devait à la base être une après-midi de prod’ à la cool s’est transformé en EP 3 tracks qu’on a signé quelques mois plus tard chez Inwave Imprint. Pendant ce temps, on a continué à faire du son ensemble et on a travaillé sur un projet live à quatre qui est maintenant fonctionnel, mais en constante évolution.

Vous êtes donc quatre derrière des machines. En quoi consiste votre procédé de production et comment fonctionne votre organisation lorsque vous produisez votre live ? Y a-t-il un « chef d’orchestre » ? Quelle est la part d’improvisation de votre live ? D’ailleurs, est-il toujours le même ? Et qui est le cancre de l’équipe ?

Pour la partie production, chacun a son domaine de prédilection, mais on touche tous un peu à tout en phase de production. Fatto c’est plutôt le mix et les drums, Abel le mix et les nappes/textures/FX assez sombres, Denver apporte un côté funky à nos productions, et Lorenzo aime moduler et complexifier les patterns. En ce qui concerne le live, on a un fil directeur prédéfini avant chaque prestation : on a déterminé à l’avance quels tracks on joue et dans quel ordre, et comment on passe de l’un à l’autre. Ensuite on n’a plus qu’à improviser dans les limites fixées par ce plan de route : on balance des effets planants en fonction de notre humeur, on filtre, mute ou démute des percussions, des instruments ou des groupes d’instruments à notre guise, on module des éléments, on fait durer les tracks plus ou moins longtemps en fonction de l’engouement du public…

On a chacun un rôle bien défini pendant le show : Fatto est chargé de faire vivre et dynamiser les percussions avec sa TR8, Denver synthétise des mélodies, effets et percussions avec son Analog Four, Abel synthétise des FX et des nappes sombres en live, et Lorenzo fait office de chef d’orchestre : il gère le mix, exécute les transitions, lance et cut les patterns, et apporte de la dynamique avec des filtres et des effets. Notre live n’est jamais le même car on produit en moyenne une nouvelle track toutes les 2 semaines, et on remplace à chaque date les anciennes tracks par les nouvelles. Notre live change ainsi en permanence. Pour l’instant on utilise beaucoup Ableton pour jouer nos pistes recordées sur notre table de mixage Soundcraft MTK, ce qui nous évite d’avoir à transporter du matériel couteux. Un live pleinement analogique est cependant en préparation. Et pour revenir sur la question du cancre… Lorenzo est le cancre et William le génie. Ou l’inverse, on ne sait pas trop.

En termes release de vos productions, y a-t-il de la matière prête à émerger de vos disques durs ? Si oui, quand et où ? D’ailleurs, en terme de production, qu’est-ce qui motive vos inspirations ? Quelles sont vos influences artistiques ?

On a beaucoup de tracks à finir, qui sont prêtes à être jouées en live mais pas encore à être release. C’est dans notre to-do-list des prochains mois, mais c’est plus difficile d’avancer rapidement à quatre que seul ou à deux, que ce soit à cause des disponibilités de chacun, de nos divergences d’opinions sur le plan artistique, ou encore du fait que nous tenons à ce que chacun apporte sa touche personnelle sur chaque morceau, et faire cohabiter les idées de quatre musiciens aux influences différentes sur la même production est souvent un exercice de style compliqué. Mais nous trouvons cela enrichissant aussi bien individuellement que collectivement, ce pourquoi nous avons envie de continuer dans cette direction. On a donc beaucoup de matière à sortir dans les prochains mois, on ne peut pas vous en dire trop pour le moment mais on peut déjà vous dire qu’on bosse sur plusieurs EP vinyle et projets en même temps, dont un avec un remix de 100Hz.

Pour revenir sur les influences, Denver aime beaucoup le jazz, le funk (Youssef Kamaal), le courant de la minimal de Francfort et la scène marocaine (Cosmo Records). William écoute énormément de hip hop, allant de Nujabes à J Dilla jusqu’aux productions plus modernes, comme Romeo Elvis et le Motel. Il est actuellement obsédé par les techniques de micro-sampling initiées par Akufen. Les influences d’Abel sont variées, elles peuvent venir de toute musiques (électronique, jazz, rock ou metal prog, rap US/FR, baroque, classique, romantique, contemporain, on ne se prive de rien), de la peinture, du cinéma, du dessin ou de la nature elle même parfois, ça dépend ce qu’on choisi d’analyser et de raconter. Quant à Lorenzo, il n’aime rien.

Vous faites partie d’une nouvelle scène parisienne qui bourgeonne actuellement. Y a-t-il d’autres artistes d’ici dont vous aimeriez mettre en avant le travail ? Dans le style que vous produisez, il y a peu d’artistes qui font du live, mais y a-t-il tout de même des producteurs/trices que vous aimeriez citer, ici ou ailleurs ?

La scène parisienne est très intéressante car elle regroupe beaucoup de projets musicaux très divers contrairement a d’autres capitales où la tendance musicale s’uniformise. Sur le plan des lives minimal, on respecte beaucoup le travail de Loop Exposure, duo parisien à la signature sonore très particulière, tant dans leur production que dans la construction de leur live. L’innovation dans la musique électronique est vraiment un point fort pour les producteurs actuellement. Sweely fait aussi du très bon travail, en penchant fortement vers des sonorités plus minimal ces derniers temps – pour notre plus grand plaisir.

Parlez-nous un peu de votre avenir et de vos projets respectifs. Oden & Fatzo vont-ils rider encore longtemps ensemble ? Individuellement, qu’est-ce qui est prévu ? Quelles sont vos prochaines dates ?

Tel que c’est parti, Oden & Fatzo vont rider ensemble pour un bon moment. Mais on ne veut pas pour autant délaisser les deux projets individuels, qui ont deux univers assez différents et qu’on est encore loin d’avoir fini d’explorer. C’est pour cela qu’on insiste sur le fait que le projet/show Oden & Fatzo est une entité à part entière, et non une prestation durant laquelle on alterne les tracks d’Oden et celles de Fatzo. On essaie de créer un storytelling différent de ce qu’on fait séparément sur Oden ou Fatzo : le live d’Oden a un sound-design plus homogène, et est un flot continu de grooves complexes minimal et techno à l’ambiance très sombre et psychédélique, tandis que Fatzo a un style plus éclectique allant de l’acid techno à la minimal plus deep/housy. Le live d’Oden & Fatzo est une synthèse de toutes nos influences musicales et tache d’explorer un panel de styles plus vaste que ce que nous faisons dans les projets individuels. Nous réfléchissons actuellement à un nouvel alias pour clarifier la distinction entre les projets. Quoi qu’il en soit, nous allons continuer à produire aussi bien sous Oden que sous Fatzo, ou que sous Oden & Fatzo ! Un label est aussi en préparation, on vous en dit plus très bientôt…
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Le quatuor infernal de la minimal parisienne jouera son live demain au Petit Bain. Swayzak, un duo légendaire, fera aussi son apparition en live. Sled et Blanco complètent cette programmation. Et raison de plus pour ne pas rater cette soirée : notre graphiste est à l’origine du flyer ! 

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