Hé les Lillois.es, les Aperomix du jeudi à la Gare Saint Sau’ sont vraiment chanmé

Lille est une ville divisée. D’un côté, sa rue de la soif (Solférino), ses clubs commerciaux et ses soirées étudiantes où les pulls floqués d’un logo d’école sont l’uniforme. De l’autre, ses collectifs de musiciens passionnés, ses raves secrètes et les habitués des afters au marché de Wazemmes. La jonction entre les deux serait permise par les litres de délicieuses bières dont le Nord et la Belgique ont le secret et qui, finalement, préserveraient la réputation de la bonne ambiance lilloise.

Mais au milieu de tout ça, un lieu fait office de référence incontestable pour tous.tes : la Gare Saint Sauveur, avec son bistrot et sa galerie d’art. Grâce à une offre culturelle diversifiée, cette ancienne gare de marchandises, désaffectée en 2003 puis réhabilitée en 2009 à l’occasion d’Europe XXL, accueille aussi bien des projections que des vide-dressing et même une patinoire. Les week-ends, les 1000m2 du bistrot vibrent avec des concerts, des live et des DJ sets, et l’on déplorerait volontiers que la musique s’éteigne à 2 heures du mat’ maximum, dans un espace pourtant parfaitement taillé pour festoyer jusqu’au bout de la nuit (si on oublie les riverains).

Crédit photo : Jonas Verbeke

Parmi la programmation musicale, qui balaye une large sélection de registres, ce sont les soirées du jeudi qui ont le plus retenu notre attention. Les Aperomix avec leurs visuels creepy-mignon et leurs bookings audacieux apportent une dose de fraîcheur dans un paysage électronique qui dépasse peu souvent les frontières de l’axe techno-house. À leurs manettes, Nicolas et Gaëtan, tous deux musiciens et membres du groupe Tampon Tango au genre musical « tropical moite » – ça annonce la couleur. Grâce à des amis ayant repris le bistrot, avec son grand restau’ le midi et ses spectacles du soir, Nicolas imagine des animations pour le jeudi, d’abord testées en été puis régularisées. À partir de ce moment là, il est rejoint par Gaëtan, « partenaire idéal par [leur] goût commun du digging, par l’esthétique musicale qu'[ils] partagent » .

Depuis, c’est près de 130 jeudis que le duo possède au compteur. Le secret d’une telle longévité ? Peu d’artifices, beaucoup d’instinct : « on ne booke pas trop à l’avance pour toujours pouvoir programmer les artistes qu’on a envie de voir, de rencontrer, presque dans l’instant. » confie Nicolas. Les Aperomix sont un terrain de jeu pour surprendre le public et expérimenter les têtes qui ne sont encore jamais passées par la capitale des Flandres. Et celles-ci ne sont pas des plus méconnues : Palmbomen II, Black Merlin, Job Sifre… Dans les coups de cœur des programmateurs, aux côtés d’Africaine 808, Orpheu the Wizard, Raphael Top Secret, De Ward pour son agence Manie Dansante ou encore Dea Barandana « pour son mix disco rareties super bien senti » . Si les horaires se calibrent sur ceux d’un afterwork, 20h-23h30, « le 22 heures du jeudi ressemble plus à un 2 heures du mat’ du samedi. Les artistes sont souvent très étonnés! » .

Nicolas et Gaëtan n’avancent pas seuls, et se tiennent près des autres acteurs de la scène locale comme l’équipe du festival Rumbl, le crew Don’t Kill My Vibe, le disquaire Vinyl Dealer et les membres de Comala Radio. Il faut dire que dans le coin, les équipes de mélomanes se font nombreuses et organisent régulièrement des événements.

Pourtant, aussi prometteur soit tout ce bouillonnement musical, à la question « Où sortez-vous écouter de la musique et faire la fête à Lille? » la réponse est « pour être honnête, on ne sort pas beaucoup à Lille, on préfère la Belgique quand il est question de faire la fête« . La ville est traversée par de complexes calculs politiques pour harmoniser rythmes de vies et horaires des lieux festifs, et un conseil lillois de la nuit a même vu le jour a la rentrée, épaulé par les actions de l’Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie avec Péo Watson, figure du clubbing local grâce au Magazine Club, comme représentant. Assimilation à la délinquance et soirées clandestines sont à l’origine d’un climat tendu entre les autorités et les exploitants des bars et discothèques, sur fond de suspicion et de contrôles, rarement de dialogue. Ainsi, malgré les efforts d’acteurs passionnés, cette métropole du Nord a encore beaucoup à apprendre, et notamment de ses voisins belges se trouvant à un terminus de la ligne 2 du métro. Mais discutons-en plutôt autour d’un verre, au prochain Aperomix ?

Plus d’informations sur les événements à venir juste ici.

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