T’es qui toi ? Sentaku

On voit ton nom sur des flyers de soirées ou de concerts, sur des pochettes de disques vendus à 300 exemplaires, ton nom est gravé sur des contenus sponsorisés par des marques d’alcools, ta tête s’affiche en gros sur des livestreams diffusés par d’importants médias, eux-mêmes sponsorisés par des marques de chaussure, parfois on te voit sur un post Facebook liké par 70 personnes (dont peut-être trois ont acheté ton album), tu es cité dans les dernières pages de Trax pour donner ton avis sur la nouvelle machine de Pioneer (marque finançant d’ailleurs les pages dans lesquelles tu t’exprimes). Mais en vrai, t’es qui toi ? Pour cette premier épisode, on vous présente Sentaku, un collectif et label basé entre Londres et Paris qui organise des fêtes, produit des artistes et sort des disques – jusqu’ici, tout va bien. Ah, et ils organisent une petite fête ce soir à Paris…

La ville dont vous êtes originaires et les trucs un peu ringards qu’on peut faire ou visiter chez vous ? Par exemple : Tourcoing a comme spécialité le jeu de Bourle (avec quelques autres villes du Nord). Mais si au contraire votre ville est bien trop stylée, donnez-nous quelques conseils de trucs à y faire, qu’on se motive à y aller !

Massaï : La Celle St Cloud (78170). On ne va pas se mentir, j’ai grandi en banlieue parisienne (proche Versailles), entre la ville et les vaches (oui j’avoue il y avait des vaches pas loin de chez moi), mais j’ai surtout été bercé dans la nature depuis mon plus jeune âge, balade en forêt le dimanche mais surtout grosse galère quand tu devais rentrer de soirée, notre spécialité local étant l’autostop… Pas très sexy !

Josh Rawl : Hong Kong, ville de ouf connue pour sa gastronomie et ses marchés 24/7. Trucs à faire : manger des dim sum dans un cha chaan teng (restaurant de thé) et faire du shopping hors taxe.

Dandeloo : Toulon, meilleure ville pour les vacances et le soleil, malheureusement la culture musical s’arrête à Skyrock et Fun Radio..

Pablo.K : Originaire de Paris, j’ai grandi entre la capitale et Los Angeles. Paris reste ma ville de coeur, avec un flux et une énergie constante dans un tout très facilement accessible. A Paris, on se balade la nuit et on profite de nos patrimoines riches autour d’un verre en terrasse ou dans les opens airs l’été !

Dans votre crew, y’a qui et qui fait quoi ? Mais surtout : c’est qui le chef ? Si vous êtes un collectif unipersonnel à responsabilité limitée, considérez juste que la schizophrénie est monnaie courante dans notre milieu et qu’elle se soigne très bien – suffit juste d’être booké à un live de Cercle.

Massaï : À l’origine de Sentaku, il y a Josh et moi. On a pensé le projet pendant un an puis Jane, notre graphiste qui a façonné notre image, et Dandeloo, notre premier résident nous ont rejoint peu après. Ont suivi Dixia Sirong (résidents et producteurs aguerris), Louis notre booker et community manager, Elsa qui nous assiste sur la prod mais qui est aussi une photographe très talentueuse, les sœurs Vix qui nous aident sur toutes les soirées Sentaku, ma sœur Priscou, qui elle nous aide sur l’aspect un peu plus esthétique du crew, sur les shoots et, last but not least, Simon Ray Davies, l’homme aux multicasquettes, il s’occupe quant à lui de l’accueil artiste mais c’est aussi lui qui nous accompagne sur nos dates à l’étranger, il gère la logistique et notre bien-être. Sentaku, c’est surtout un projet familial. chaque personne qui a intégré le collectif est avant tout un proche ou un ami, je n’aurais pas pu avoir une vision différente pour le label. Je mets un point d’honneur au fait que tout le monde puisse développer ses projets au sein du collectif, comme on a pu le faire avec Sentakitchen, notre cuisine inspirée du Japon. C’est Louis qui a eu cette idée et notre rôle, à Josh et moi, était de concrétiser cette idée.

Le type de musique que vous auriez aimé programmer/jouer/produire si vous étiez nés à une autre époque et que vous aviez eu la possibilité de faire autre chose que cette infernale musique électronique répétitive qui nous rend tous complètement barjots ?

Massaï : Dans une autre vie, j’aurais probablement été un sappeur. Tu m’aurais retrouvé du côté de SSD (ndlr : Strasbourg-Saint-Denis) en mode arc-en-ciel avec les dernières Versace roses fluo aux pieds ! Plus sérieusement, je pense qu’avoir la vie d’un mec comme Quincy Jones, ça m’aurait bien fait kiffer, ce mec a tout fait !

Josh Rawl : Dans une autre vie, j’aurais kiffé jouer du gros hip hop east coast des années 90.

Dandeloo : J’ai toujours été fasciné par le gospel, avec ses voix, sa rythmique. En l’écartant peut-être de l’image de l’église, comme je ne suis pas forcément croyant, mais le gospel est quelque chose que j’aurais vraiment aimé faire. Sinon, je suis un grand fan de house music.

Pablo.K : Le blues, étant quelqu’un de très nostalgique et parfois mélancolique. Ce sont des émotions musicales qui me touchent et qui respirent la lumière ! Et puis un bon whisky accompagné d’un Muddy Waters, ça reste magique…

On ne va pas se cacher que la musique est une industrie où la plupart des artistes crèvent la dalle. La question qui se pose dès lors est celle-ci : comment exploite-t-on votre force de travail à côté et vous viendrez-vous à l’idée de tout plaquer pour vivre du RSA et enchaîner les gigs au black ?

Massaï : On va dire que je suis plutôt chanceux de ce côté, j’ai toujours voulu travailler dans ce milieu, j’ai étudié le management artistique donc je me suis vite dirigé vers la où je voulais être. Je bosse aujourd’hui en tant que booker pour une grande boite de management artistique (LOLA ED, pour ne pas la citer) et à côté de ça je peux développer mon label et ma petite carrière d’artiste. Je dirai donc que le rêve, je suis en plein dedans. Je le vis et j’espère que ça va encore continuer longtemps, on a de belles années devant nous.

Josh Rawl : A côté de DJ, je suis ingénieur en transmission dans un studio TV. Je passe ma vie dans la régie à « superviser des émissions » (à digger quoi). Je suis fortement en train de considérer l’idée de tout plaquer pour vivre mon rêve, ça c’est sûr.

Dandeloo : Je travaille dans l’événementiel. Mon travail consiste à mettre en place des soirées, réceptions ou autres événements. Ce n’est pas le métier de rêve, mais comme vous le dites, nous avons besoin de pas mal d’argent dans cette industrie, donc il faut faire ce qu’il faut. Bien sûr que de ne faire que de la musique me tente énormément, mais vivant en Angleterre, il est très difficile de le faire pour le moment.

Pablo.K : La base même de ma liberté commence par le boulot. Je bosse dans la mode, je m’occupe de la distribution de quelques marques un peu partout dans le monde. Sans mon taf, je n’achèterai plus de disques, plus de matos-son, etc. J’ai la chance d’aimer ce que je fait vraiment et de me sentir épanoui. Donc boulot puis musique, pas l’inverse. En tout cas pour le moment, en espérant que le rêve devienne réalité un jour !

C’est qui vos potes dans le milieu ? Inutile de tous les citer en espérant un booking à l’une de leurs prochaines fêtes, ça serait malaisant pour le lecteur, et Dieu sait qu’il est intraitable avec les emphases – allez donc à l’essentiel, s’il vous plait, mais expliquez-nous pourquoi ces gens-là sont vos potes par contre.

Massaï : En fait, tu veux me griller avec cette question ! Pour être honnête, il y a beaucoup de crews que je respecte et qui sont mes potes. Après il y a des crews sur Paris qui font vraiment bouger la scène et qui méritent d’être cités parce que je les affectionne particulièrement pour les moments que j’ai pu partager avec eux. Je pense notamment à Distrikt, à Rakya et à Automatic Writing sur Paris. À Londres, j’ai toujours été un grand supporter de Cartulis, c’était notre première soirée à Londres et à l’époque je découvrais cette musique, la rave, la qualité sonore et la vibe de ces soirées. Je prenais claque sur claque et ça m’a poussé encore plus à avoir envie de jouer et de digger, Merci Unaï !

Josh Rawl : Dans le milieu, je suis surtout pote avec les collectifs M.O.B et OPIA sur Londres, car on est tous à peu près dans la même tranche d’âge et dans le même délire. Après y a aussi les potos de Point, Cartulis, 110 (je fréquente très souvent leurs soirées et du coup je suis hyper proche d’eux aussi). A Paris, ce serait les crews Latence, Reshuffle, La Carte Son, Haribo House, Parallele, Roommates. C’est surtout que peu importe notre style de musique ou de soirées, il y a une chose qui nous rapproche tous : la passion pour la qualité du son, de l’environnement, du décor, de tout quoi ! On est tous d’accord sur le fait qu’on doit faire du mieux possible pour faire kiffer sa foule, et ça devrait être le cas pour tout le monde !

Dandeloo : Nos amis sont partouts. Je ne veux pas citer un tel ou un tel, mais je considère que Sentaku est un collectif très ouvert amicalement. Nous n’avons pas d’ennemis et tous les gens que nous avons cotoyé jusqu’à présent ont toujours été au top avec nous, donc ils sont tous nos amis.

Pablo.K : Mes potes proches dans le milieu, c’est Distrikt et Side Project, deux écuries très différentes mais qui bossent très dur et qui ne lâchent rien ! Et puis tout le reste de la communauté qu’on adore et qu’on respecte.

Si vous deviez citer une oeuvre artistique qui se rapprocherait un peu de votre travail ou qui l’aurait complètement influencé (voire que vous auriez plagié, ça arrive, on n’est pas là pour juger, nous-même avons tout copié sur un média étatsunien dont on taira le nom), ça serait laquelle ?

Massaï : Interceptor – Interceptor 17, pour moi un chef d’œuvre intemporel. Il y a toutes les influences possibles dans ce track, c’est vraiment un reflet de ma personne.

Josh Rawl : Sans hésitation : Anton Zap – You Better Find A Job (STORY004)

Dandeloo : J’ai beaucoup était influencé par MCDE, Kerri Chandler ou encore Joe Claussel à mes débuts. Plus récemment, le style de musique qui m’attire et m’influence le plus serait des artistes comme Seuil, Le Loup, Francesco Del Garda, TC80, but many others too. En terme de production, je dois dire que je suis très fan de Big Miz.

Pablo.K : Des artistes comme Losoul, DKMA ou Convextion. Et un label que j’affectionne particulièrement  Delsin, sur lequel Claro Intelecto a sorti l’EP Peace of Mind, qui reste toujours dans le bag !

Est-ce qu’il y a un (ou plusieurs) livre(s) de chevet qui n’est pas prêt de vous quitter ? Ca peut remonter à l’enfance, hein, genre Le Petit Prince c’est cool, Martine un peu moins. Et si vous ne lisez pas, eh bien allez vite regarder sur Wikipédia et faites du name dropping. Personne ne vérifiera… puisque personne ne nous lit !

Massaï : 1984, de Georges Orwell. Un classique mais plus je lis ce livre, plus je me rends compte que la vision d’Orwell est vraiment très précise sur le monde actuel. Sinon, en grand fan du Japon, je lis beaucoup de livres sur les arts martiaux ou les yakuzas. Le dernier en date, c’était le code d’honneur des samouraïs, le Hagakuré.

Josh Rawl : Je ne lis plus trop en ce moment, mais s’il y a une série de bouquins qui vaudra toujours de l’or pour moi, c’est Harry Potter. J’ai poncé tous les livres plein de fois, et j’ai jamais réussi a me remettre dans une autre série de bouquins comme celle-là

Dandeloo : Je ne suis pas le plus grand des lecteurs et, très honnêtement, je serai incapable de citer un livre qui m’a marqué. Mes lectures du moment se résument à des articles sur la production de musique ou, bien évidemment, France Football !

Pablo.K : ll y a deux livre que j’affectionne particulièrement : Le Serpent Cosmique de Jeremy Narby, sur les origines de l’ADN ; L’Herbe du Diable et La Petite Fumée de Carlos Castaneda. Récits et romans anthropologiques à lire et à relire.

Retrouvez Sentaku sur Soundcloud, Facebook et Instagram. Pablo.K et Massaï passent des disques ici ce soir. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *