T’es qui toi ? Hors-jeu

On voit leur(s) nom(s) sur des flyers de soirées ou de concerts, sur des pochettes de disques vendus à 300 exemplaires, leur nom est gravé sur des contenus sponsorisés par des marques d’alcools, leur(s) tête(s) s’affiche(nt) en gros sur des live-streams diffusés par d’importants médias, eux-mêmes sponsorisés par des marques de chaussure, parfois on les voit sur un post Facebook liké par 70 personnes (dont peut-être trois ont acheté leur album), ils sont cités dans les dernières pages de Trax pour donner leur avis sur la nouvelle machine de Pioneer (marque finançant d’ailleurs les pages dans lesquelles ils s’expriment sur la dernière boîte à rythme). Mais en vrai, t’es qui toi ? Hors-jeu, un collectif toulousain qui ne sort pas de disques mais officie comme poumon culturel de sa ville – parmi d’autres. Et qui organise une nouvelle soirée ce samedi avec les artistes d’On The Map.

La ville dont vous êtes originaires et les trucs un peu ringards qu’on peut faire ou visiter chez vous ? Par exemple : Tourcoing a comme spécialité le jeu de Bourle (avec quelques autres villes du Nord). Mais si au contraire votre ville est bien trop stylée, donnez-nous quelques conseils de trucs à y faire, qu’on se motive à y aller !

On vient tous plus ou moins du sud à la base (Montpellier, Pont-Saint-Esprit, Agde, Anduze – des villes de bicraveurs un peu), sauf Damien qui vient de Morbecque (le maxi-nord). On vous recommande chaudement la bambouseraie d’Anduze et son petit train à vapeur (200% bucolique) ou tout bonnement la consommation d’alcool petit budget sur les places de Montpellier les soirs d’étés. Pour ce qui est de Morbecque, on espère que son clocher saura vous mettre l’eau à la bouche.

Dans votre crew, y’a qui et qui fait quoi ? Mais surtout : c’est qui le chef ? Si vous êtes un collectif unipersonnel à responsabilité limitée, considérez juste que la schizophrénie est monnaie courante dans notre milieu et qu’elle se soigne très bien – suffit juste d’être booké à un live de Cercle.

Au début, on a monté le projet à cinq copains de l’école : Camille, Julie, William, Damien et Hugo. Puis on a été rejoins par Romain et Gavin, des copains de fête. Alors que plusieurs lieux fermaient à Toulouse et que les alternatives festives comme culturelles étaient souvent sur le fil, l’impulsion a été la nécessité d’un lieu à nous, qu’on puisse façonner comme on l’entende en essayant de s’écarter autant que possible des contraintes habituelles. On a débuté en essayant de tout faire ensemble mais on a rapidement vu que c’était plutôt bancal et on a vite appris à prendre notre place : certains s’impliquent davantage sur la programmation musicale, certains sur la mise en place d’ateliers et d’expositions, et encore d’autres sur la direction artistique de manière plus générale. Aujourd’hui, on a un rythme de croisière assez équilibré. On ne s’investit pas tous de la même manière dans l’asso mais apparemment c’est ce qui fait l’essence d’un groupe !

Le type de musique que vous auriez aimé programmer/jouer/produire si vous étiez nés à une autre époque et que vous aviez eu la possibilité de faire autre chose que cette infernale musique électronique répétitive qui nous rend tous complètement barjots ?

Pas facile de répondre à ça mais à mon avis, la team se serait scindée pour pouvoir aller vivre l’expérience disco psychédélique et balearic d’une part, et d’une autre, l’expérience early-rave et le début des sonorités electro, breakbeat ou trance. On retrouve ses scènes dans la plupart des sorties actuelles mais parfois, on se demande si l’historicité de ces genres ne s’est pas un peu perdue dans la production musicale pas mal pré-programmée d’aujourd’hui. Dans les deux cas, ça reste de la musique de barjot, mais ils étaient tellement mieux sapés avant.

On ne va pas se cacher que la musique est une industrie où la plupart des artistes crèvent la dalle. La question qui se pose dès lors est celle-ci : comment exploite-t-on votre force de travail à côté et vous viendrez-vous à l’idée de tout plaquer pour vivre du RSA et enchaîner les gigs au black ?

Comme on est tous bénévoles dans l’asso, on a jamais gagné un copeck et on n’en gagnera probablement jamais. On a tous un travail plus ou moins palpitant à côté de ça : on a du graphiste, du travailleur social, du chômeur, du manutentionnaire, du constructeur de rayons pour une grande marque de distribution et du professeure de dessin. Même si on a déjà imaginé ce que ça pourrait être d’être rémunéré pour le boulot qu’on fait au sein de Hors-jeu, je pense que ça ne pourrait pas fonctionner car il faudrait grossir en taille, envisager un spot plus grand, une jauge plus grande et des rentrées d’argent plus conséquentes. Ce qui tendrait obligatoirement à biaiser l’esprit qu’on essaie d’insuffler au lieu que l’on occupe. Donc quelques gigs quand même (on sera au OFF du festival de BD d’Angoulême le 25 janvier !) mais pas de grand projet professionnel dans l’alternative culturelle pour le moment.

C’est qui vos potes dans le milieu ? Inutile de tous les citer en espérant un booking à l’une de leurs prochaines fêtes, ça serait malaisant pour le lecteur, et Dieu sait qu’il est intraitable avec les emphases – allez donc à l’essentiel, s’il vous plait, mais expliquez-nous pourquoi ces gens-là sont vos potes par contre.

Hors-jeu (le nom), ça vient en partie du fait qu’on ai eu une approche plutôt décomplexée, voir presque naïve de l’événementiel, justement parce que nos inspirations premières ont été nos expériences « d’usagers » de la fête, de concerts, d’ateliers ou d’expos. On n’a jamais su comment gérer une teuf, un atelier ou une expo avant de l’avoir faite directement. Tout s’est appris sur le tas. Même si certains collectifs locaux ont parfaitement su apporter à la ville une vision autre que celle proposée par les lieux conventionnels (ça va de Myrys aux Pavillons Sauvages en passant par les fêtes cachées de Folklore, Ruff Club ou d’autres jusqu’à des expos improbables sur des terrains vagues), on a toujours fonctionné sur de simples envies dictées par ce que l’on connaissait du côté « spectateur » de la chose et qu’on aurait aimé voir, entendre ou faire.

Si vous deviez citer une oeuvre artistique qui se rapprocherait un peu de votre travail ou qui l’aurait complètement influencé (voire que vous auriez plagié, ça arrive, on n’est pas là pour juger, nous-même avons tout copié sur un média étatsunien dont on taira le nom), ça serait laquelle ?

Au niveau de l’asso, notre travail (le bénévolat, c’est du travail ?) s’inspire très largement de multiples expériences de lieux auto-gérés comme on peut en retrouver un peu partout en France et ailleurs. Là où on essaie d’insister, c’est sur la nécessité de conserver un esprit chaleureux, un peu familial de par la taille de événements. On est pas une warehouse glauque de 1000m² où tu perd tes potes après le deuxième barrage de vigiles, on est pas non plus une salle de concert, un lieu d’expo ou un espace d’atelier conventionnel. On essaie de tout faire nous-mêmes, du mobilier à la déco. Dans ce sens, c’est peut être le squat qui trouve un vrai écho dans ce que l’on fait. Tout comme d’autres font ça très bien du côté de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou ailleurs. ZAD partout !

Est-ce qu’il y a un (ou plusieurs) livre(s) de chevet qui n’est pas prêt de vous quitter ? Ca peut remonter à l’enfance, hein, genre Le Petit Prince c’est cool, Martine un peu moins. Et si vous ne lisez pas, eh bien allez vite regarder sur Wikipédia et faites du name dropping. Personne ne vérifiera… puisque personne ne nous lit !

Pour ma part, ces temps-ci, j’ai bien accroché avec la trilogie de romans de Amitav Ghogh. Ça parle de guerre de l’opium, des balbutiements de l’Inde après l’abolition de l’esclavage, de la mise à l’épreuve des traditions contre le capitalisme qui frappe à la porte. L’album Paradise & Tranquility de Ganja Beats s’accorde très bien avec cette lecture. Mais bon, puisque personne ne vous lit alors… Et pour finir, quelques tracks qu’on passe souvent avec grand plaisir : cet énorme track speed garage en provenance des Pays-Bas ; celui-ci : un kick, un clap, une snare et un très bon sample d’un vieux track hip-hop US. ; cette sortie downtempo / tribal assez récente découverte par Romain ;  ou une track très lente qui dégénère pas mal dans la longueur ; encore un sacré El-B / Ghost plutôt méconnu. Sud-Ouest représente !

Rendez-vous ce samedi, dès 22h et jusqu’à 5h du mat’, pour la soirée organisée par Hors-jeu avec les artistes de l’agence artistique On The Map comme invités. 

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