POSITION : La solidarité à géométrie variable

De Concrete à Steve, récit d’un monde culturel en putréfaction.

Concrete va fermer ses portes. Les pétitions, les bon mots des DJ sur Instagram et Facebook, Jack Lang, les appels à la solidarité pour la liberté de danser, rien n’y fait, la célèbre péniche électronique va disparaître.

C’est un moment intéressant que le monde de la nuit est en train de vivre. Alors que sur l’internet de ces décérébrés amateur d’ecstazy c’est la fermeture de Concrete qui fait les gros titre, la disparition d’un jeune teuffeur, Steve, à Nantes le soir de la fête de la musique suite à une violente charge des fonctionnaires de police, elle, ne semble pas émouvoir. Terrible symbole de l’impasse dans laquelle s’enfonce depuis presque 10 ans le monde de la musique électronique.

 

 

Concrete est un lieu d’une grande importance aujourd’hui dans le monde de la nuit parisienne. Des “haters” aux bourgeois en manque de sensations, tout le monde a déjà prononcé le nom de cette boîte de nuit. Il est vrai que ce n’est pas une simple discothèque où l’on viendrait chercher une rencontre furtive sous un rythme endiablé. Concrete, c’est un véritable temple pour les passeurs de disques les plus underground. Ce lieu a permis l’avènement d’une culture électronique pointue et qualitative, a soutenu des jeunes talents et a participé à l’évolution musicale de la scène parisienne. Pour autant, c’est un lieu que l’on pourrait qualifier de ghetto. Ghetto car nécessairement contrôlé par une sécurité aux abois. Ghetto aussi car soumis à des prix prohibitifs pour tous smicards non amateur de la gentrification. Dès lors, Concrete, bien qu’intéressante culturellement, reste un de ces lieux qui cherche à fructifier de la manière la plus intense. Le développement d’un festival, hors de toute mesure, comme le Weather en était une preuve de plus (même s’il a été accompagné d’un échec cuisant.) C’est un lieu qui résonne parfaitement avec l’air de ce temps. Libéral à souhait, avec un respect le plus total des minorités. Mais profondément marchand. Sans-le-sou, Concrete ne vous désire pas.

Dès lors, c’est avec rapidité et force que le monde de la nuit s’est mobilisé pour tenter de sauver ce lieu. Mais c’est un silence presqu’assourdissant qui accompagne un événement bien plus grave. Lors de la fête de la musique, ce 21 juin 2019, à Nantes Steve Caniço, 24 ans, était présent aux abords d’un sound system sur les quais de la Loire. Aux alentours de 4 heures du matin, la police a débarqué pour faire couper le son. Un DJ après avoir une première fois arrêté la musique, a désiré passer un dernier morceau pour clore cette nuit. C’était “Porcherie” des Béruriers Noirs dont le “la jeunesse emmerde le Front National” traverse les années avec une aisance malheureuse.

 

 

C’est ce morceau, profondément politique, qui a provoqué la charge des fonctionnaires de police. Des grenades lacrymogènes et des grenades désencerclantes ont été lancées, des balles de LBD 40 ont été tirées et 14 personnes ont terminé dans la Loire. Au lendemain de ces terribles événements, une personne manquait à l’appel.

Cela fait 14 jours que Steve Caniço a disparu. Médiatiquement et politiquement, le silence règne. Le monde de la musique électronique ne semble pas avoir pris la mesure des événements. Aucune pétition pour élucider les conditions de cette charge n’a été lancée par les acteurs de la nuit. Aucun message de grande ampleur n’a été adressé à la famille du disparu. A la marche en son honneur le 29 juin 2019, ce n’était pas plus d’un millier de personne qui répondait à l’appel. Hier, ils éborgnaient et tuaient des manifestants. Aujourd’hui, ce sont de simple fêtards qui subissent la répression et disparaissent dans l’indifférence la plus totale.

En place et lieu des indignations sur la disparition de Concrete, une seule question devrait être sur toutes les bouches : Où est Steve ?

 

IV

 

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